Synthèse
L’analyse de plus de 15 millions de logements à travers leur altitude révèle des disparités cruciales face aux risques d’inondation. En reliant ces données aux zones inondables, l’Observatoire DEESCO permet une compréhension fine de la vulnérabilité résidentielle, changeant notre vision des enjeux liés à l’inondation.
Par l’Observatoire Deesco Very
Le risque d’inondation est souvent lu à travers des cartes d’aléa, des arrêtés CatNat ou des inventaires d’événements. Ces approches sont indispensables, mais elles ne disent pas encore tout. Elles indiquent où l’eau peut venir. Elles ne disent pas toujours, avec assez de précision, où se situe réellement le parc résidentiel exposé.
C’est tout l’intérêt du travail mené dans DEESCO. En croisant l’altitude de plus de 15,3 millions de logements avec les communes couvertes par les zones inondables, l’observatoire propose une lecture beaucoup plus résidentielle du risque. On ne regarde plus seulement un territoire exposé. On regarde un stock de logements, sa position dans le relief, et la part du parc qui se concentre dans les basses altitudes.
Mots clefs
inondation, altitude, logements, exposition résidentielle, risques climatiques, départements, DEESCO, Observatoire Deesco Very
Sommaire
- Une autre manière de lire le risque
- Plus de 15 millions de logements passés au tamis du relief
- Quand l’exposition au risque rencontre les bas reliefs
- Les départements où le signal résidentiel est le plus fort
- Pourquoi tous les territoires exposés ne se ressemblent pas
- Ce que l’Observatoire DEESCO change dans la lecture du risque
- Références
- Découvrir l’Observatoire DEESCO
Une autre manière de lire le risque
Une carte d’inondation n’est pas encore une carte de vulnérabilité résidentielle. Entre les deux, il manque une information décisive : la manière dont les logements se distribuent dans l’espace topographique local.
Deux territoires peuvent être couverts par des aléas comparables sans exposer leur parc résidentiel de la même manière. Dans un cas, les logements se concentrent sur les points bas, au contact des vallées, des plaines fluviales ou des zones littorales. Dans l’autre, une part importante du parc peut se trouver plus haut, à distance relative des zones les plus basses.
L’apport de DEESCO est précisément là. En traitant l’altitude de millions de logements, l’observatoire permet de passer d’une lecture abstraite du risque à une lecture située du parc.
> Le risque d’inondation ne se résume pas à savoir si un territoire est concerné. Il faut encore comprendre où se situe le logement dans ce territoire, et quelle part du parc s’accroche aux reliefs les plus bas.
Plus de 15 millions de logements passés au tamis du relief
À l’échelle de la France, DEESCO travaille ici sur 15,31 millions de logements géolocalisés avec altitude exacte, couvrant 34 743 communes. Cette masse permet de produire une lecture d’ensemble qui dépasse de loin le simple cas local.
Premier constat : la France résidentielle n’est pas uniformément basse. Sur l’ensemble des logements analysés, environ 1,72 million se situent sous 20 mètres d’altitude, tandis que les plus gros volumes se trouvent entre 20 et 50 mètres, 50 et 100 mètres, puis 100 et 200 mètres.
!Altitude de millions de logements en France
Le deuxième constat est plus opérationnel. Parmi ces logements, 9,73 millions sont situés dans des communes couvertes par une AZI. Cela représente environ 63,5 % du parc analysé. Le sujet de l’inondation n’est donc pas marginal dans la géographie résidentielle française.
Mais c’est le croisement altitude + exposition qui devient vraiment instructif. Dans les communes couvertes par une AZI, 5,11 millions de logements se situent dans les 20 mètres les plus bas du relief local. Cela représente environ 52,6 % des logements de ces communes exposées. Et 3,52 millions se trouvent sous 50 mètres d’altitude, soit 36,3 % de ce même périmètre.
Autrement dit, une grande partie du parc résidentiel concerné par le risque ne se contente pas d’être dans un territoire exposé : il se concentre aussi sur les parties les plus basses du relief local.
Quand l’exposition au risque rencontre les bas reliefs
Cette lecture change la hiérarchie des signaux territoriaux.
Un territoire peut d’abord apparaître très exposé parce qu’une grande part de ses logements se situe dans des communes couvertes par une AZI. C’est le cas de départements comme Paris, la Manche, le Gard ou la Haute-Garonne, où cette part dépasse ou approche les 100 % pour le parc observé.
Mais cela ne suffit pas encore à décrire la vulnérabilité résidentielle. Il faut ajouter une deuxième question : quelle part de ces logements exposés se situe dans les basses altitudes locales ?
C’est ici qu’émergent des départements comme le Bas-Rhin (87,4 %), le Haut-Rhin (86,9 %), l’Aisne (80,7 %) ou la Charente-Maritime (79,6 %). Dans ces territoires, le parc résidentiel concerné par l’inondation se concentre très fortement dans les 20 mètres les plus bas du relief local.
!Départements où le risque résidentiel apparaît le plus nettement
Cette distinction est capitale. Elle signifie qu’un département peut être très concerné par les communes exposées sans que son parc se répartisse de la même manière qu’ailleurs. Et inversement, un département peut ne pas figurer en tête sur la simple part de logements en communes AZI, tout en faisant apparaître un parc très resserré sur les points bas.
Les départements où le signal résidentiel est le plus fort
Quelques cas sont particulièrement parlants.
Il combine une part relativement limitée de logements en communes AZI à l’échelle départementale (14,9 %), mais une très forte concentration de ces logements dans les 20 mètres les plus bas du relief local (87,4 %). Le signal résidentiel y est donc très dense là où il existe.
Le département est intéressant parce qu’il cumule les deux dimensions : 30,0 % de logements dans des communes AZI et 79,6 % de ces logements dans les 20 mètres les plus bas localement. C’est un cas très lisible pour un article national.
Ici, la densité urbaine change la lecture. 65,5 % des logements analysés se situent dans des communes couvertes par une AZI, et 79,0 % de ces logements exposés se trouvent dans les 20 mètres les plus bas localement. Le risque résidentiel ne concerne donc pas seulement des littoraux ou des plaines ouvertes ; il traverse aussi des tissus urbains très denses.
Le département domine la lecture sous 50 mètres d’altitude, avec 94,4 % des logements exposés situés sous ce seuil et 67,6 % de logements dans des communes AZI. Là encore, le croisement relief + exposition donne une profondeur qu’une simple carte administrative ne montre pas.
Pourquoi tous les territoires exposés ne se ressemblent pas
Cette approche aide justement à distinguer plusieurs types de situations.
Il y a les départements où l’exposition est très large, parce qu’une part importante du parc se situe dans des communes couvertes par une AZI. Il y a ceux où le risque est plus localisé, mais où les logements concernés sont fortement concentrés dans les points bas. Et il y a enfin des territoires où le parc, même exposé, se répartit plus diversement dans le relief.
Cette diversité interdit une lecture trop simple du risque d’inondation. On ne peut pas traiter de la même manière :
- un littoral dense,
- une plaine fluviale,
- une vallée encaissée,
- ou un tissu urbain métropolitain traversé par de grands cours d’eau.
L’analyse d’altitude ne remplace donc pas la carte d’aléa. Elle la complète, en la rapprochant du parc de logements réel.
> L’enjeu n’est plus seulement de savoir où l’eau peut monter. Il est de savoir combien de logements se trouvent déjà, aujourd’hui, dans les parties basses des territoires exposés.
Ce que l’Observatoire DEESCO change dans la lecture du risque
Le principal apport de DEESCO est de rendre cette lecture exploitable à plusieurs échelles.
À l’échelle nationale, on obtient une vision d’ensemble du parc et de ses contrastes topographiques. À l’échelle départementale, on peut comparer les profils d’exposition. Et à l’échelle des territoires de projet ou des communes, l’observatoire permet de descendre dans le détail de la distribution d’altitude des logements.
Cela change beaucoup pour l’action publique comme pour l’analyse privée. Un territoire où l’exposition est diffuse n’appelle pas les mêmes diagnostics qu’un territoire où les logements se concentrent très fortement dans les zones basses. De la même manière, un tissu urbain dense ne présente pas les mêmes enjeux qu’un espace littoral ou fluvial plus étalé.
L’article dit donc moins “où le risque est fort” que comment le risque résidentiel prend forme dans le relief. C’est une différence importante, et c’est précisément ce que permet ce travail d’analyse de millions de logements.
Références
Figures
- Distribution nationale des logements analysés par bandes d’altitude, avec mise en perspective des logements situés dans des communes couvertes par une AZI
- Départements où l’exposition résidentielle apparaît le plus nettement, selon la part de logements en communes AZI et la concentration dans les 20 mètres les plus bas du relief local
Repères de lecture
- 15,31 millions de logements géolocalisés avec altitude exacte
- 34 743 communes couvertes
- 9,73 millions de logements situés dans des communes couvertes par une AZI
- 5,11 millions de logements situés dans les 20 mètres les plus bas du relief local, parmi les logements des communes AZI
Sources mobilisées
- Observatoire Deesco Very / DEESCO
- données géolocalisées sur l’altitude des logements
- Géorisques et atlas des zones inondables pour le périmètre de l’exposition
Découvrir l’Observatoire DEESCO
Cet article s’appuie sur les données et visualisations produites par l’Observatoire Deesco Very / DEESCO, conçu pour lire les vulnérabilités territoriales à travers les structures du parc, l’énergie, le climat et les risques.
L’intérêt de l’observatoire est de permettre un va-et-vient constant entre lecture nationale et exploration locale : on peut y repérer les grands contrastes, puis ouvrir immédiatement les fiches territoriales pour en comprendre les ressorts.
Si vous souhaitez découvrir l’Observatoire DEESCO, approfondir ces analyses ou organiser une démonstration, contactez-nous.