Synthèse
L'article propose une analyse des dynamiques territoriales en France, en croisant les données sur la croissance démographique, le parc recent et l'artificialisation des sols. En mettant en lumière les disparités entre les territoires qui continuent de s'étendre et ceux déjà fortement urbanisés, il invite à reconsidérer les politiques publiques liées à l'urbanisation et à la gestion foncière.
Par l’Observatoire Deesco Very
La croissance territoriale ne se lit pas sur une seule carte. On peut regarder la démographie, le parc construit récemment, ou l’artificialisation des sols. Les trois racontent quelque chose du même mouvement, mais pas de manière identique. Les données de l’Observatoire Deesco Very montrent qu’en France métropolitaine, la relation la plus nette se joue entre croissance de population et part du parc construit depuis 2006. L’artificialisation, elle, suit une géographie plus complexe : elle dit à la fois l’extension récente de certains territoires et le niveau déjà très dense d’autres espaces urbains.
Mots clefs
artificialisation, croissance démographique, parc récent, logement, extension urbaine, foncier, Observatoire Deesco Very, DEESCO
Sommaire
- La croissance territoriale ne suit pas une seule mesure
- Ce que montre la carte des territoires qui continuent de s’étendre
- Croissance et parc récent : la relation la plus nette
- L’artificialisation ne raconte pas exactement la même chose
- Des territoires à comparer dans Deesco Very
- Références
- Découvrir l’Observatoire DEESCO
La croissance territoriale ne suit pas une seule mesure
L’idée d’une France qui “s’étale” paraît simple. En pratique, elle ne se laisse pas résumer par un seul indicateur. La croissance démographique capte les territoires qui gagnent des habitants. Le parc récent mesure, lui, l’ampleur du renouvellement ou de l’extension du stock résidentiel. L’artificialisation des sols ajoute une troisième lecture : celle de la transformation physique des surfaces.
L’intérêt du croisement est précisément là. Un territoire peut être déjà très artificialisé sans être aujourd’hui le plus expansif. À l’inverse, un département peut afficher une croissance rapide et un parc récent très développé sans apparaître parmi les plus artificialisés en stock. Cela oblige à distinguer les territoires qui continuent de s’étendre de ceux qui sont simplement déjà très denses ou déjà très transformés.
> L’artificialisation stockée dit l’héritage d’urbanisation. Le parc récent et la croissance disent davantage la dynamique actuelle d’extension.
Ce que montre la carte des territoires qui continuent de s’étendre
La première figure rassemble les trois dimensions les plus utiles pour lire cette dynamique : croissance de la population entre 2013 et 2023, part du parc construit depuis 2006, et flux récent d’artificialisation.
!Les territoires où croissance, parc récent et extension convergent
Cette carte ne doit pas être lue comme un simple palmarès. Elle isole plutôt une famille de territoires où la croissance démographique, la production résidentielle récente et l’extension physique des sols vont globalement dans le même sens.
On y retrouve notamment plusieurs départements déjà bien identifiés par d’autres signaux de dynamisme territorial :
Ces départements n’ont pas exactement le même profil, mais ils partagent une même logique : la transformation résidentielle récente y reste forte, et elle accompagne encore une progression de la population.
Croissance et parc récent : la relation la plus nette
Le signal statistique le plus clair du papier se trouve ici. Sur les départements métropolitains, la corrélation entre croissance démographique et part du parc construit depuis 2006 ressort autour de r ≈ 0,73. C’est de loin la relation la plus nette entre les trois dimensions étudiées.
!Croissance démographique et part du parc récent
Autrement dit, les territoires qui gagnent le plus d’habitants sont aussi, très souvent, ceux où le parc récent pèse déjà fortement. Ce n’est pas une surprise absolue. Mais le résultat est suffisamment propre pour confirmer qu’une grande part de la dynamique territoriale contemporaine passe d’abord par la production résidentielle nouvelle.
Les départements les plus marqués sur ce registre sont bien connus :
À l’inverse, certains départements anciens, plus stagnants ou moins attractifs, présentent un parc récent plus faible et une dynamique démographique beaucoup plus contenue.
L’artificialisation ne raconte pas exactement la même chose
Là où l’analyse devient plus intéressante, c’est lorsque l’on introduit l’artificialisation. Si l’on regarde le stock artificialisé, la relation avec la croissance est presque nulle à l’échelle métropolitaine : r ≈ 0,06. Cela signifie qu’un département très artificialisé n’est pas forcément celui qui s’étend le plus aujourd’hui.
Le contre-exemple le plus évident est celui des départements déjà très denses :
Leur taux d’artificialisation stockée est très élevé, mais cela renvoie d’abord à une urbanisation déjà ancienne et très intense. Ce n’est pas la même histoire que celle d’un département de croissance résidentielle plus diffuse.
Si l’on regarde en revanche le flux récent d’artificialisation, le lien redevient plus lisible. La corrélation entre part du parc récent et artificialisation récente atteint environ r ≈ 0,39.
!Parc récent et artificialisation récente
Le résultat n’est pas absolu, mais il dit quelque chose de robuste : le parc récent ne se déploie pas sans transformer les sols. Pour autant, cette transformation reste partielle, différenciée, et ne se superpose pas exactement à la carte des départements déjà les plus urbanisés.
> Il n’existe donc pas une seule géographie de l’étalement. Il existe au moins deux cartes : celle des territoires déjà artificialisés, et celle des territoires où l’extension résidentielle continue d’avancer.
Une autre lecture des territoires en expansion
Ce croisement est utile pour sortir des oppositions trop simples entre métropoles, littoraux et espaces ruraux. Il montre que les territoires en expansion forment une famille plus composite :
- des départements métropolitains denses mais encore très dynamiques
- des espaces périurbains ou atlantiques où la production résidentielle reste soutenue
- des départements de croissance plus diffuse, où l’extension du parc se lit davantage dans le logement neuf que dans un taux d’artificialisation déjà très élevé
Ce point est important pour les politiques publiques. On ne lit pas de la même manière un département déjà très artificialisé qu’un département encore en train de transformer rapidement son parc et ses sols. Le premier pose une question de densification, de recyclage et de sobriété foncière. Le second pose davantage une question de trajectoire : comment continuer à accueillir sans reproduire mécaniquement les formes les plus extensives d’urbanisation ?
Des territoires à comparer dans Deesco Very
Quelques départements offrent de très bons points d’entrée pour lire cette géographie :
Les premiers permettent de lire des trajectoires d’expansion toujours actives. Les derniers rappellent qu’un territoire peut être très artificialisé sans relever de la même dynamique résidentielle contemporaine.
Références
Figures
- Carte départementale de synthèse croissance / parc récent / artificialisation récente
- Croissance démographique et part du parc construit depuis 2006
- Part du parc construit depuis 2006 et flux récent d’artificialisation
Repères de lecture
- sur les départements métropolitains, la corrélation entre croissance démographique 2013-2023 et part du parc construit depuis 2006 ressort autour de `r ≈ 0,73`
- la relation entre part du parc récent et artificialisation récente est plus modérée, autour de `r ≈ 0,39`
- le stock d’artificialisation raconte une géographie plus distincte, avec une relation très faible à la croissance démographique récente (`r ≈ 0,06`)
Sources mobilisées
- Observatoire Deesco Very / DEESCO
- données de population territoriale
- données d’artificialisation des sols
- cartes d’analyse territoriale et structure du parc résidentiel
Découvrir l’Observatoire DEESCO
Cet article s’appuie sur les données et visualisations produites par l’Observatoire Deesco Very / DEESCO, conçu pour lire ensemble énergie, habitat, dynamique résidentielle, foncier et vulnérabilités territoriales.
L’intérêt de l’observatoire est de permettre un va-et-vient constant entre lecture nationale et exploration locale : on peut y repérer les grandes trajectoires, puis ouvrir immédiatement les fiches territoriales pour comprendre ce que recouvrent vraiment les chiffres.
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